Danser au bord de l'abîme / Cher monsieur Delacourt...


Cher monsieur Delacourt, 

Il est 6h43 et je referme doucement votre livre comme je le ferais d'une porte après une rencontre.

Je vous écris ici, aux yeux de tous. Ma démarche est un peu stupide, dénuée de sens, à moins qu'on ne considère qu'il s'agisse de gratitude.

Votre nom flottait dans les conversations et les médias sans que je ne me penche sur vos livres. La littérature est un océan dans lequel j'essaie de ne pas me noyer malgré l'appel du large et la frustration incurable de savoir déjà que je ne pourrai jamais tout lire. 

Vos pages sont entrées dans ma vie pour la simple raison que j'écris un peu. Merci à mon amie Justine, lectrice de mes premiers feuillets, qui m'a glissé "ça me fait penser à Danser au bord de l'abîme". Je ne parviens pas à retrouver la date exacte de cette suggestion - mais je dirais que c'était il y a neuf mois, une gestation, tiens donc.... Je me souviens seulement d'avoir noté le titre pour ne surtout pas me le procurer. Ne pas être influencée, ne pas être freinée par une comparaison stérile.

Alors que mon texte est aujourd'hui terminé, je me suis enfin autorisée à ouvrir le vôtre. J'ai su avant même de l'avoir achevé qu'il serait une rencontre. Une porte qui s'ouvre.

Danser au bord de l'abîme force chez moi l'humilité. Ce que j'ai pu écrire n'est qu'un soubresaut d'idée face à la justesse des mots que vous posez dans ce roman. Comme si tout était désormais dit sur le sujet. Vous explorez l'émotion, le sentiment et le désir comme des territoires à cartographier, avec une exactitude qui me bouleverse.

Votre roman a fait couler des larmes. C'est une aiguille de précision qui pique pile là où se terrent les vieilles blessures qu'on pensait avoir enterrées. Qui les ravive un peu, histoire de nous rappeler à quel point elles nous ont rendu(e)s vivant(e)s.

Emmanuelle est une héroïne universelle. Elle porte en elle le feu comme un flambeau qui éclaire et peut aussi tout brûler. Elle est toutes les femmes qui ont eu besoin de retrouver du désir pour elles-mêmes. Elle est une rencontre imaginaire qui nous invite à vivre et à danser, même au fond de l'abîme.

"La femme qu'Alexandre a découverte et que j'ai livrée sans fard et sans mensonge, celle-là que j'ai appris à aimer, malgré sa fuite, malgré sa honte sourde, malgré sa lâcheté de rainette, cette femme qu'il a découverte en moi est belle."

Et puisqu'une lettre se doit de conclure sur l'espoir d'échanges futurs, je me promets d'ouvrir d'autres ouvrages de votre plume, en espérant y trouver encore de jolies portes.


----

En quelques mots, la quatrième de couverture :

"Emma, quarante ans, mariée, trois enfants, heureuse, croise le regard d’un homme dans une brasserie.Aussitôt, elle sait. Après On ne voyait que le bonheur, Grégoire Delacourt explore dans ce roman virtuose la puissance du désir et la fragilité de nos existences."

Commentaires