Port d'attache

Allonger le pas le long du bras de canal qui frappe à la porte de mon quartier : tel fut l'objectif de ma dernière promenade dominicale.
C'est un bras amputé que cette artère longiligne, miroir vert-brun tremblant, coupé net à l'orée de la ville. Autrefois, le canal courait jusqu'à la gare d'eau, station de réparation des bateaux devenue le repaire des pêcheurs et des couples à poussettes. Car les hommes ont préféré bétonner le lit des flots,  leur plâtrer le radius ou le cubitus, au bénéfice de parkings et d'habitations, reléguant à l'extrême frontière de la cité les géantes embarcations des mariniers, peuple premier du quartier où je vis.


En ce dimanche matin d'hiver, les vieilles dames d'acier amarrées semblaient paisibles, craquant leurs coques comme de vieux os, bercées par l'onde chuchotante. 
Dans l'entrelacs des câbles et des amarres, elles exhibaient leurs jolis noms, promesses d'aventures, hommages passionnés ou trésors d'inventivité.

Pendant le repos des péniches, d'autres embarcations, oiseaux-mouches provocateurs insensibles à la rouille, bravaient les flots ce matin. Les rames fortifient les capitaines d'avirons qui naviguent à loisir, là où le batelier forgeait sa charpente pour gagner sa quinzaine. Moi, je me contente de garder pied à terre, à défaut de l'avoir marin. Marcher au bord de l'eau suffit à mes méditations.



J'aime rendre visite à cette berge déserte et observer les parures de ces maisons flottantes. Je ne vous connais pas, ou très peu, chers bateliers, vous, gens du voyage ayant choisi les routes d'eau, défenseurs d'une liberté qui un jour pourtant débarquent dans un port d'attache. Mais, comme il est difficile aux gens des bords de mer de quitter leur littoral, je sais que ce folklore des flots me manquerait si je déménageais.







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