30 ans à Ostende


30 ans. J'ai mis quelques semaines à intégrer l'idée que j'allais atteindre cet âge fameux. 
"Qu'est-ce que tu veux pour tes 30 ans ?" 
Rien.
"Qu'est-ce que tu fais pour tes 30 ans ?"
Rien.
Je n'avais envie ni d'une fiesta, ni d'une avalanche de cadeaux, ni d'une grosse surprise ! C'était même ma hantise.
Alors que la plupart de mes amies traversaient 2017 avec des projets fous en bandoulière - grossesse, mariage, pacs, voyages...- j'avais l'impression que l'année avançait en me ratatinant. Vie professionnelle peu épanouissante, routine familiale génératrice de tensions, fatigue et dos en vrac, stagnation émotionnelle... Je craignais sincèrement pour mon état une fois arrivée au lendemain de mes 29 ans.
Et puis le déclic. Chaque fin est un début. Le bonheur vient de soi, pas des autres.

La magie de décembre et un bon auto-coup de pied aux fesses ont opéré. 
En bonne reine du contre-pied, pour mes 30 ans, c'est moi qui organise la surprise ! 
Et c'est ainsi qu'Ostende nous a ouvert les bras un matin.
Un vent à décorner les bœufs, des lianes de pluie qui fouettent les joues, les doigts endoloris par le froid. A cet instant, nos regards hurlent en silence à l'idée à la con.
Et puis les embruns, les rires des gamins qui luttent contre les rafales pour aligner trois pas, le bruit de l'écume... Nous y voilà. 
La façade maritime d'Ostende n'est pas époustouflante. Plage et port se côtoient et alignent des immeubles contemporains anonymes quadrillés d'étages et fenêtres. Dans ce décor uniforme dilué entre beiges et gris, les "Rock Strangers" d'Arne Quinze surgissent à l'horizon, formes légères mais imposantes, prêtes à l'envol, dont on entendrait presque le froissement métallique !
Nous absorbons la digue sous nos pas, trempés mais souriants : la mer en hiver a cela d’envoûtant.
Ostende correspond plutôt bien à la carte postale de la ville belge maritime cossue. Je l'ai surtout photographiée de mes yeux, mais si vous étiez dans mon cerveau, vous verriez des bassins et fontaines habités de sculptures éclectiques, un casino impressionnant, des rues propices au shopping, un marché de Noël tiraillé entre tradition, magie d'hiver et goût douteux de fête foraine, à savourer de nuit, sans hésiter, comme ses douceurs sucrées dont l'odeur nous kidnappe le nez.



En décembre, Ostende ne paie pas l'électricité, je crois : les guirlandes brillent à longueur de journée et offrent des rendez-vous façon "lightshow" à certains horaires, de quoi convaincre à coup de féerie électrique les plus sceptiques. 

Mais derrière le tape à l’œil, Ostende se mériterait presque. Il faut un œil aiguisé pour dénicher les ruelles où se cachent de merveilleuses boutiques, de même qu'il faut détecter la discrétion des cafés chaleureux pour ne pas les louper. Ainsi, derrière une vitrine incognito se cache par exemple un bar à café formidable : De Jansen Familie. Nous en sommes tombés en amour.
Si vous aimez l'exotisme belge, Ostende peut aussi s'improviser. En clair, si vous envisagez un restaurant, réservez-le (et prévoyez la monnaie, la nourriture est chère et se paie en cash only) ! Nous nous sommes essayés à l'improvisation : je me suis retrouvée à souffler mes bougies dans une pizzeria aux murs capitonnés entièrement habillés de guirlandes de Noël, à la déco improbable sur fond musical digne de Copacabana... J'ai presque été déçue de ne pas voir sortir de strip teaseuse de la cuisine !!! A dire vrai, cet épisode nous a valu de bonnes parties de rires.

Ostende, tu ne ressembles pas à ce que j'avais imaginé, et c'est tant mieux ! Ta langue, que je connais peu, me donne l'impression de parler allemand en étant bourrée, et rien que ça, c'est déjà tout un programme ! Mais surtout, j'aime les figures acrobatiques que tu effectues au détour d'une rue entre l'héritage d'années balnéaires prospères, l'identité flamande assumée et une modernité parfois un peu dark. Dédoublement de la personnalité entre nostalgie d'une époque et punk attitude.
Mais ne serait-ce pas un peu, finalement, l'essence de l'identité belge ? 


Voilà, je me suis imprégnée d'une façon de mêler hier et demain.
Voilà, j'ai trente ans. Trente ans à Ostende.
Si on ne voit pas toutes tes dents, c'est qu'il t'en manque, non ?

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